LES ÉDITIONS DU 106


Et si la Bretagne était l’avenir de la France ?

La Bretagne est déjà l'une des régions les plus désirées de France, même pour les non-Bretons, et c'est la seule région qui prévoit une augmentation de sa démographie. Avec les épisodes de canicule que nous venons de vivre, cette tendance va certainement s’accentuer mais la recette bretonne dépasse son seul climat. Elle est un savant mélange d'identité, de lien social et de développement industriel.

Au cours de l’échange, Loïg Chesnais-Girard trace une trajectoire à la fois singulière, forte et assumée d’une Bretagne qui regarde désormais elle-même son avenir à partir de ses propres atouts mais sans oublier la nation, l’Europe et ce qu'elle doit à son histoire.

La Bretagne est pleinement consciente de ce qu'elle doit à l'État, qui a fait, dès l'après-guerre, le choix d'investir durablement dans des secteurs stratégiques comme les télécommunications, les sciences de la mer, la défense, l'agroalimentaire ou encore, plus récemment, la cybersécurité. Ces investissements ont permis à une région longtemps marquée par la pauvreté de construire progressivement un écosystème d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation parmi les plus dynamiques du pays.

Cette nouvelle trajectoire bretonne se résume dans une formule qui pourrait inspirer un mouvement plus global de réconciliation de la nation avec ses territoires : « vivre et travailler au pays ». Longtemps, réussir signifiait partir à Paris. Aujourd'hui, vivre et travailler en Bretagne ne traduit plus un repli sur soi ; c'est au contraire le signe qu'un territoire est devenu suffisamment fort pour offrir des perspectives d'avenir à ses habitants sans renoncer à son ouverture sur le monde. La Bretagne n'a plus besoin de considérer Paris comme son unique horizon : elle affirme sa propre identité tout en restant pleinement connectée à l'Europe et à l'international.

Cette confiance retrouvée nourrit une ambition qui dépasse le seul développement économique. Pour Loïg Chesnais-Girard, il s'agit désormais de « créer de nouveaux Bretons ». Cette formule ne renvoie pas à une identité fermée mais à une capacité d'intégration. Être Breton, c'est partager un projet collectif, une manière d'habiter un territoire, qui accueille celles et ceux qui choisissent d'y vivre. La langue bretonne elle-même est envisagée comme un vecteur d'ouverture : apprendre une langue minoritaire, c'est aussi apprendre l'altérité, reconnaître la richesse des autres cultures et faciliter l'intégration de nouveaux habitants.

Cette capacité à conjuguer identité et altérité constitue sans doute l'une des singularités les plus fortes de la Bretagne. Elle se traduit également par une vitalité démocratique remarquable : un tissu associatif dense, une forte culture du bénévolat, un attachement à l'école et à l'université, et une capacité à mobiliser largement les citoyens autour des projets collectifs. Autant d'atouts qui expliquent en partie la cohésion sociale de la région et sa capacité à affronter les transitions.

Au fond, l'expérience bretonne montre qu'il est possible de construire un développement fondé à la fois sur des investissements de long terme, une identité assumée et une ouverture permanente aux autres. Une trajectoire qui rappelle qu'au XXIᵉ siècle, l'enracinement n'est pas l'inverse de l'ouverture : il peut en être l'une des conditions.

Une leçon pour reconstruire le pays par ses pays.

Par François GERMINET


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